La droite marche derrière un chef,
à gauche c'est chacun pour soi
Les élections européennes, davantage encore que toutes les autres, font ressortir un phénomène récurrent qui conduit la droite au gouvernement et qui condamne les gauches au rang de spectateurs.
A droite, l'essentiel est de tenir les rênes du pouvoir. Pour cela, il faut un chef. Un chef capable de rassembler ses troupes et de les mener à la victoire, avant que chacune et que chacun qui a pris part à la conquête, ne reçoive sa juste récompense, même si, pour certains, il ne s'agit que d'un lot de consolation. La droite, au pouvoir, sait renvoyer l’ascenseur.
Dès lors, la qualité intrinsèque du chef en question, importe peu. En particulier depuis que les élections se jouent dans les médias. Il convient plus que jamais que le candidat soit "une bête de scène". Les idées présentées doivent plaire, rencontrer une majorité. Une majorité nécessairement disparate mais où chaque composante doit être satisfaite : baisse des impôts pour les uns, chasse aux immigrés pour les autres… Pour le reste, le temps de la mandature est suffisant pour renier tel ou tel engagement, si le besoin s'en fait sentir.
La présidentielle, devenue l'élection reine depuis l'instauration de la cinquième République par le Général de Gaulle, en 1958, est réduite au rang d'un show télévisuel où interviennent des critères de choix qui n'ont plus grand chose à voir avec des idées politiques.
La couleur d'une cravate, le chic d'une robe, les marques d'énervement ou les tics obsessionnels sont plus déterminants qu'un long développement consacré à la nécessaire cohésion sociale dans un contexte de mise en compétition permanente et sanglante.
L'image de l'élu(e) à la présidentielle continuera par la suite à influencer les choix pour les autres élections. Celui ou celle qui se revendique de l'élu principal, dispose d'un atout majeur. A son ombre, les chances de l'emporter augmentent sérieusement.
La gauche n’a pas le culte du « chef ». Elle se méfie des hommes et des femmes « providentiels ». Elle veut privilégier les idées et veiller à l’intérêt général qui est l’intérêt du plus grand nombre.
Le malheur veut qu’à l’épreuve du pouvoir, les idées doivent souvent être révisées, voire reniées.
Pour l’exercice du pouvoir, il apparaît aussi qu’il est indispensable qu’il y ait une tête, une vraie. D’où les affres de la gauche confrontée à des modes électifs qui laissent peu de place aux idées et où tout est fortement personnalisé.
Sans le reconnaître et sans avoir clairement posé les règles nouvelles, la gauche se déchire lamentablement dans des combats de chefs ou d’aspirants à la fonction.
Les idées sont de plus en plus un prétexte pour permettre à tel ou tel d’entrer dans le jeu.
L’électeur y perd son latin.
Nous n’avons pas encore assez conscience, dans les milieux de gauche, de l’importance du cataclysme qui se prépare. L’explosion des chiffres du chômage ne nous bouleverse pas encore assez.
Mais nous serons bientôt contraints de réfléchir à nouveau en termes de « front populaire », de rassemblement de tous les opposants aux excès criminels du libéralisme prédateur.
La gauche ne sait s’unir que face aux tragédies. La tragédie d’une grande partie de l’humanité se déroule déjà sous nos yeux.
Il nous en faut manifestement davantage encore pour réagir et pour nous mettre en ordre de marche.
En attendant, dimanche soir, pour les gens de gauche, une nouvelle Bérézina est
à prévoir.
Bernard Rodenstein
Ce 5 Juin 2009
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