DÉBAT SUR L'IDENTITÉ NATIONALE : DÉNONCER LES INSTRUMENTS DU POPULISME.
le sujet de l'identité nationale est politiquement intéressant en ce sens qu'il rèvèle, sur ce point, l'existence d'un véritable affrontement idéologique (enfin diront certains) dans notre
pays.
En effet, deux conceptions de cette notion apparaissent clairement lorsque l'on examine ce qui se dit et s'écrit sur le sujet depuis le lancement du fameux débat dont on a décrété la tenue.
La conception conservatrice de l'identité nationale repose sur l'idée selon laquelle la nation est d'essence spirituelle, fondée sur un héritage historique et religieux.
Le discours de Latran de Nicolas Sarkozy, mettant au premier plan l'exclusivité de la religion a déjà été révélateur.
Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale a ensuite introduit le débat dans l'Hémicycle le 21 décembre dernier en insistant sur le fait que l'identité nationale « doit
nous faire réfléchir sur ce que nous sommes à l'égard de nos parents et de nos enfants » Celui-ci a ajouté qu'il existait un besoin d'identification« par rapport à la terre et à nos
racines ».
La logique de cette conception ainsi définie, aux accents génétiques, conduit inévitablement à opposer immigration et identité nationale, plus précisément à faire accréditer l'idée selon
laquelle l'immigration constitue une menace pour notre identité.
Ce schéma, choisi par la majorité gouvernementale, a clairement été affiché bien avant le lancement du « débat », ne serait-ce que par la création d'un Ministère de l'immigration et de l'identité
nationale contenant toute la dialectique délibérément souhaitée et que le but recherché était de lutter contre les « excès » de l'une pour préserver la seconde.
Le lancement du "débat »,habilement placé sur le calendrier, quelques semaines après l'expulsion de trois jeunes afghans de Calais et a quelques mois des élections régionales, en passant par
les travaux de la Commission Parlementaire sur le port de la burqa est tout aussi significatif.
Monsieur Besson, est d'ailleurs tout à fait explicite lorsqu'il déclarait également le 21 décembre à la tribune de l'Assemblée " qu'un républicain doit s'intéresser aux liens entre
l'immigration et identité nationale».
Cette conception transpire également du questionnaire à destination des citoyens puisque 11 questions sur 15 sont en relation avec le sujet de l'immigration.
La conception progressiste de l'identité nationale est fondée, quant à elle, sur la transcendance du modèle social.
Elle repose aussi sur des fondements historiques ( les conquêtes qui ont permis la création d'une République sociale) et dont la clé de voûte s'appuie sur les notions de laïcité et de
fraternité.
Elle rejoint l'idée selon laquelle c'est la cohésion nationale qui fait vivre l'identité du même nom.
Ainsi, l'identité nationale est vide de sens si l'on en tente pas de lutter contre les facteurs de division de la société : la ténacité des discriminations, la ghettoïsation de certains de nos
quartiers, la mise à mal du système éducatif, plus généralement le creusement des inégalités.
La promotion de cette vision humaniste et progressiste passe par la mise en chantier de politiques concrètes d'intégration et de justice sociale.
Défendre cette conception suppose évidemment un travail de réflexion et de proposition dont peuvent notamment s'emparer les associations mais qui ne sera pas aussi visible médiatiquement et
nationalement, à l'inverse du discours des tenants de la conception conservatrice.
Dans ce dernier cas, les instruments du populisme sont immédiatement palpables dans l'opinion, et nos responsables gouvernementaux en ont bien conscience, quoi qu'en dise Monsieur
Besson.
En effet, les "dérapages» prétendument déplorés par ce dernier ne sont pas le fait de militants de base "égarés" mais d'un ministre en exercice (Madame Morano) et d'un ancien garde des sceaux
(Monsieur Clément), sans compter celui dont est à l'origine le maire d'une commune de Moselle.
«L'improvisation» et la «spontanéité» ne peuvent donc qualifier ces initiatives.
En définitive, il ne suffit pas pour la gauche, de refuser le débat, sous prétexte qu'il est facteur des dérives précédemment décrites au risque tomber dans le piège tendu par le gouvernement
qui attend de faire le procès des partisans « de la politique de l'autruche ».
Il s'agit, pour les défenseurs de la conception humaniste et progressiste de l'identité nationale, de s'approprier de la thématique pour lancer une vaste consultation sur la citoyenneté, le « vivre
ensemble » et la construction d'un patriotisme républicain et rénové pour enfin, proposer aux Français, une vision différente, et préparer l'avenir.
Christophe ROUSSEL. Avocat, membre de la Ligue des Droits de l'Homme.
Commentaire n°1
posté par
ROUSSEL
le 05/01/2010 à 21h42
le sujet de l'identité nationale est politiquement intéressant en ce sens qu'il rèvèle, sur ce point, l'existence d'un véritable affrontement idéologique (enfin diront certains) dans notre pays.
En effet, deux conceptions de cette notion apparaissent clairement lorsque l'on examine ce qui se dit et s'écrit sur le sujet depuis le lancement du fameux débat dont on a décrété la tenue.
La conception conservatrice de l'identité nationale repose sur l'idée selon laquelle la nation est d'essence spirituelle, fondée sur un héritage historique et religieux.
Le discours de Latran de Nicolas Sarkozy, mettant au premier plan l'exclusivité de la religion a déjà été révélateur.
Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale a ensuite introduit le débat dans l'Hémicycle le 21 décembre dernier en insistant sur le fait que l'identité nationale « doit nous faire réfléchir sur ce que nous sommes à l'égard de nos parents et de nos enfants » Celui-ci a ajouté qu'il existait un besoin d'identification« par rapport à la terre et à nos racines ».
La logique de cette conception ainsi définie, aux accents génétiques, conduit inévitablement à opposer immigration et identité nationale, plus précisément à faire accréditer l'idée selon laquelle l'immigration constitue une menace pour notre identité.
Ce schéma, choisi par la majorité gouvernementale, a clairement été affiché bien avant le lancement du « débat », ne serait-ce que par la création d'un Ministère de l'immigration et de l'identité nationale contenant toute la dialectique délibérément souhaitée et que le but recherché était de lutter contre les « excès » de l'une pour préserver la seconde.
Le lancement du "débat »,habilement placé sur le calendrier, quelques semaines après l'expulsion de trois jeunes afghans de Calais et a quelques mois des élections régionales, en passant par les travaux de la Commission Parlementaire sur le port de la burqa est tout aussi significatif.
Monsieur Besson, est d'ailleurs tout à fait explicite lorsqu'il déclarait également le 21 décembre à la tribune de l'Assemblée " qu'un républicain doit s'intéresser aux liens entre l'immigration et identité nationale».
Cette conception transpire également du questionnaire à destination des citoyens puisque 11 questions sur 15 sont en relation avec le sujet de l'immigration.
La conception progressiste de l'identité nationale est fondée, quant à elle, sur la transcendance du modèle social.
Elle repose aussi sur des fondements historiques ( les conquêtes qui ont permis la création d'une République sociale) et dont la clé de voûte s'appuie sur les notions de laïcité et de fraternité.
Elle rejoint l'idée selon laquelle c'est la cohésion nationale qui fait vivre l'identité du même nom.
Ainsi, l'identité nationale est vide de sens si l'on en tente pas de lutter contre les facteurs de division de la société : la ténacité des discriminations, la ghettoïsation de certains de nos quartiers, la mise à mal du système éducatif, plus généralement le creusement des inégalités.
La promotion de cette vision humaniste et progressiste passe par la mise en chantier de politiques concrètes d'intégration et de justice sociale.
Défendre cette conception suppose évidemment un travail de réflexion et de proposition dont peuvent notamment s'emparer les associations mais qui ne sera pas aussi visible médiatiquement et nationalement, à l'inverse du discours des tenants de la conception conservatrice.
Dans ce dernier cas, les instruments du populisme sont immédiatement palpables dans l'opinion, et nos responsables gouvernementaux en ont bien conscience, quoi qu'en dise Monsieur Besson.
En effet, les "dérapages» prétendument déplorés par ce dernier ne sont pas le fait de militants de base "égarés" mais d'un ministre en exercice (Madame Morano) et d'un ancien garde des sceaux (Monsieur Clément), sans compter celui dont est à l'origine le maire d'une commune de Moselle.
«L'improvisation» et la «spontanéité» ne peuvent donc qualifier ces initiatives.
En définitive, il ne suffit pas pour la gauche, de refuser le débat, sous prétexte qu'il est facteur des dérives précédemment décrites au risque tomber dans le piège tendu par le gouvernement qui attend de faire le procès des partisans « de la politique de l'autruche ».
Il s'agit, pour les défenseurs de la conception humaniste et progressiste de l'identité nationale, de s'approprier de la thématique pour lancer une vaste consultation sur la citoyenneté, le « vivre ensemble » et la construction d'un patriotisme républicain et rénové pour enfin, proposer aux Français, une vision différente, et préparer l'avenir.
Christophe ROUSSEL. Avocat, membre de la Ligue des Droits de l'Homme.