La vérité, souvent, sort de la bouche des enfants. C’est ce que l’on est forcé de reconnaître, une fois de plus, à la contemplation des dessins d’enfants exposés depuis quelques
jours dans le hall de ce centre Europe.
Je tiens à remercier et à féliciter très chaleureusement le collectif Belgrade pour l’initiative prise ce 9 février et pour l’idée qu’il a eu de donner la parole aux plus petits
des habitants de ce quartier.
Loin des tables à dessin des architectes et des machines à calculer des gestionnaires, les enfants qui habitent en ces lieux ont rêvé l’habitat dans lequel ils aimeraient vivre et
grandir.
Premier constat : ils ne rasent pas les tours, ils les habillent autrement en les couvrant de végétal et de panneaux solaires. Le souci
environnemental est très présent et sans le savoir, ils plaident déjà pour les économies d’énergies.
Deuxième constat : les couleurs dominantes sont le vert et le bleu. Le vert des espaces du même nom, ceux consacrés aux terrains de foot, aux parcs de
loisirs, aux pique nique familiaux et le bleu des plans d’eaux et de la fontaine pour y faire trempette.
Troisième constat : les drapeaux de tous les pays du monde qui cohabitent, la maison de retraite qui permet de garder les anciens à proximité. Une vision
harmonieuse et conviviale qui fait chaud au cœur.
Si les enfants en rêvent, c’est qu’ils sont confrontés au béton et à une ville inachevée, de l’aveu même de l’ancien maire Edmond Gerrer qui a
été le coordinateur de cette ville nouvelle des années 1960.
A part l’habitat, Les quartiers Ouest n’ont jamais vu réellement venir les lieux de vie indispensables à la cohésion sociale, au vivre ensemble : les bars, les cinémas, les
entreprises, les moyens de transport suffisants. La qualité de vie n’a pas été le premier souci des bailleurs sociaux et de la municipalité, à l’instar d’ailleurs de la politique des
gouvernements successifs qui n’ont jamais su, jamais voulu, favoriser le développement d’une vraie vie urbaine dans les quartiers et les intégrer fortement dans le reste de la ville.
Le plan de M. Sarkozy n’est encore pas à la hauteur des besoins des banlieues.
Le plan de rénovation proposé par la municipalité de Colmar pour le quartier Ouest n’a pas fait l’objet de la concertation souhaitable dès le
départ. Les habitants sont conviés à se prononcer sur des variantes de détails qui ont certes leur importance, mais le programme essentiel est bouclé dans les bureaux.
Ce que CLEFS propose concrètement, c’est la concertation permanente par le biais des conseils de quartier, pour partie élus par les habitants, associant les forces vives et
les associations à l’œuvre sur le terrain. Ce sera notre révolution.
La ville est une chose trop sérieuse pour la confier uniquement à des gestionnaires, pour paraphraser celui qui a dit que la guerre est une chose trop sérieuse pour la
confier à des militaires. M. Sarkozy, hier, a, à nouveau, déclaré la guerre à plein de dysfonctionnements dans les banlieues. Je ne crois pas que ce soit la meilleure manière de les faire évoluer
vers un statut de villes à part entières, au sein desquelles les habitants eux-mêmes sont considérés comme les acteurs majeurs de leur destinée et de leur manière d’organiser leur vivre
ensemble.
C’est dans ce même esprit de la prise en charge des habitants par eux-mêmes, que nous nous engageons à redonner le statut associatif à ce centre Europe, pour que les usagers actuels
et potentiels retrouvent la gestion et l’animation de ce cœur de cité. Un lieu qui concerne la ville entière qui mérite d’être repensé et étendu afin de se doter des outils nécessaires à
l’animation de la vie collective et de servir de trait d’union permanent avec les animations sociales et culturelles de la ville tout entière.
C’est ici et nulle part ailleurs, que doit pouvoir s’installer l’indispensable école de la deuxième chance qui a été portée par la CAC et qui
n’a pas vu le jour, hélas. Ici, au Centre Europe, non pour réduire les problématiques de l’insertion sociale et professionnelle à ce seul secteur géographique, mais pour prendre acte d’une
réalité qui est plus dramatique ici qu’ailleurs en termes de taux de chômage de la population adulte et des jeunes et pour signifier à travers ce symbole, que c’est l’ensemble des quartiers Ouest
de la Ville qui doivent impérativement et de manière urgente,bénéficier d’une deuxième chance, la première leur ayant été, jusqu’à ce jour, chichement mesurée, dans l’attente de voir l’éducation
nationale dotée des moyens nécessaires pour combattre l’échec scolaire et éviter ainsi les tentatives postérieures et plus aléatoires, de rattrapage.

Les quartiers Ouest, ceux dans lesquels se concentre l’essentiel de la jeunesse et donc de l’avenir de notre cité, méritent de devenir, enfin, des éléments essentiels de
notre politique de développement et du bien vivre à Colmar.
Les 120 millions affectés à la restructuration sont nécessaires, mais ils ne concernent que le bâti. Pour que l’âme se fortifie, pour que la confiance se déploie, c’est d’une véritable
densification de l’investissement en femmes en hommes porteurs de projets et d’espérance, qu’il convient de doter le quartier Europe.
Le maire sortant promet qu’il a changé et qu’il a découvert la dimension du social. Il a déjà disposé de 13 longues années pendant lesquelles il n’a pas fait la démonstration de ce
qu’il promet enfin pour demain. Cela donne, pour le moins, à réfléchir.
Clefs, ( Colmar, liberté d’entreprendre, forces de la solidarité ) dont les membres, dans leur grande majorité sont des militants associatifs, syndicaux,
politiques, Clefs connaît les souffrances et les aspirations des habitants et ne demande pas mieux que de mettre son expérience et son imagination fécondée par la fraternité humaine, au service
de la ville en général et des quartiers moins favorisés, en particulier.
Bernard RODENSTEIN
Colmar, 9 Février 2008
A l'initiative du collectif Belgrade, les candidats aux municipales ont été invités à s'exprimer sur leur vision du quartier Ouest, au centre Europe le 9 février
2008.
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